Seatrekking et art participatif : quand l'océan devient unespace d'inclusion
- il y a 3 jours
- 4 min de lecture
Découvrez comment Watch The Sea mêle seatrekking et création artistique pour offrir aux publics vulnérables une expérience unique au cœur de la Méditerranée.
Une semaine, quatre groupes, un couloir de foyer transformé en fresque vivante.
En mai 2026, Watch The Sea a déployé la première semaine intensive de son
programme Un Océan de Bonheur pour Tous : un dispositif d'inclusion sociale qui
associe découverte du milieu marin en seatrekking et co-création artistique. Retour sur une expérience hors du commun, racontée par ceux qui l'ont vécue de
l'intérieur.
Quatre publics, quatre rencontres avec la mer
Du lundi au jeudi, Watch The Sea a accueilli en mer des participant·es aux profils très
différents : des membres de DAC 13, des patient·es du Centre Hospitalier Édouard
Toulouse, des jeunes des quartiers Nord avec l'association Contact Club, et des résident·es du foyer de jeunes réfugié·es de l'AAJT.
Pour beaucoup, c'était une première. La première fois qu'ils mettaient la tête sous l'eau,
qu'ils découvraient ce qui se passe sous la surface. Vincent, bénévole et encadrant en mer pour Watch The Sea, résume en un seul mot ce que cette journée a représenté pour les jeunes de l'AAJT : dépassement.
« C'est des jeunes qui sont pour la plupart passés par la Méditerranée pour venir
jusqu'ici. La relation qu'ils ont à l'eau, c'est quelque chose de vraiment très
particulier. Se mettre à l'eau, regarder sous l'eau, pour eux, c'est vraiment un autre
monde. »
Pour des personnes dont la traversée de la mer appartient à une histoire personnelle
souvent difficile, se retrouver dans l'eau avec une combinaison de seatrekking, c'est bien
plus qu'une découverte sportive. C'est un rapport à l'élément qui se réinvente, doucement, au rythme de chacun. Vincent a accompagné avec attention chaque participante dans ce moment, en prenant le temps qu'il fallait, sans brusquer.
Elles sont restées. Elles ont continué. Elles ont regardé.
Avec les participantes de DAC 13, la découverte a pris une autre couleur : beaucoup
d'échanges, des rires, des yeux qui brillent. Des femmes d'une quarantaine d'années qui se connaissaient bien, et qui n'avaient pour la plupart jamais mis la tête sous l'eau. Voir les fonds marins de la Méditerranée pour la première fois, à cet âge, dans ce cadre, c'est une émotion à part entière.
L'art pour mettre des mots sur ce que la mer a laissé
Le programme ne s'arrête pas au bord de l'eau. Cette année, Watch The Sea a intégré une dimension artistique inédite, confiée au collectif L'Ombre des Nuages, composé des artistes Tom Geleb et Pierre Malma. Leur mission : accompagner les participant·es dans la co- création d'une oeuvre murale collective au sein même de leur lieu de vie.
Le point de départ, ce sont les mots. Pas des consignes, pas des thèmes imposés, mais des mots dans leurs langues, des souvenirs, des émotions liées à la mer et au parcours de chacune. Une matière brute, profondément humaine, que les artistes ont ensuite mise en images.
« On ne s'attendait pas du tout à intégrer des mots dans l'oeuvre. Et c'est ça qui a tout
changé. On ne connaissait pas le sens de tous ces mots, et c'est précisément ça qui a
porté le projet dans une autre dimension, comme un carnet de voyage. — Pierre
Malma »

Un carnet de voyage planté au coeur d'un couloir de foyer, à Marseille. Des bulles bleues et beiges sur des murs qui étaient blancs et gris. Des dessins à différentes échelles qui
dialoguent, végétaux, formes marines, gestes de chacune, superposés aux mots dans des langues venues d'ailleurs. Tom Geleb décrit l'oeuvre comme vivante.
« Elle est collective, faite de fragments de chacun. Elle mélange des sensibilités
différentes et raconte une même envie : créer du lien, autour de l'océan. — Tom Geleb »
Ce que ces rencontres changent, pour tout le monde
Le moment qui a le plus marqué Tom : Sophie, une résidente, qui leur confie à la fin de la
journée que c'était le plus beau jour de sa vie. Un retour inattendu, qui a touché toute
l'équipe profondément. Le moment qui a marqué Pierre : une participante qui leur raconte les dauphins. Ces dauphins qui, pendant sa traversée de la Méditerranée, guidaient les embarcations vers les ports.
« C'était une forme d'espoir. Je pense que c'est ce moment-là qui nous reste, à Tom et
moi. — Pierre Malma »
Ces rencontres transforment aussi les artistes. Pierre le formule avec clarté : créer avec ces publics fait descendre le travail artistique vers l'autre, sort de l'introspection pour s'ouvrir. C'est un engagement social, autant qu'une démarche créative.
Quant à Vincent, c'est précisément ce volet du programme qui l'a conduit à rejoindre Watch The Sea. La possibilité d'emmener en mer des personnes qui n'auraient jamais eu accès à cet univers, de leur offrir cette rencontre avec le monde sous-marin, c'est ce qui lui a donné envie de s'engager.
Une oeuvre qui reste
Les couloirs du foyer de l'AAJT ne sont plus les mêmes. Les murs portent désormais les
traces de cette semaine : des mots, des formes, des couleurs qui parlent de la mer, de l'exil, de ce qu'on traverse et de ce qu'on construit ensemble de l'autre côté.
« Une oeuvre peut prendre une toute autre dimension quand elle devient un espace
de rencontre et de partage. — Tom Geleb »
C'est exactement ce que Watch The Sea cherche à construire, expédition après expédition, programme après programme : faire de l'océan non pas un décor, mais un espace de transformation, accessible à tous, quel que soit le parcours.
Juin 2026, Elsa Carrette





Commentaires