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Art participatif et engagement social : Pierre Malma raconte la naissance d'une fresque collective au Frioul.

  • il y a 6 minutes
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Rencontre avec l'artiste fondateur du collectif L'Ombre des Nuages, en immersion avec le programme Un Océan de Bonheur pour Tous à Marseille.


L'artiste Pierre Malma durant le programme Un Océan de Bonheur pour Tous

Trois jours au Frioul, un mur blanc et gris, neutre, impersonnel, qui devient fresque vivante, et un artiste qui reconnaît volontiers avoir eu du mal à atterrir après coup. Dans le cadre du programme Un Océan de Bonheur pour Tous, Watch The Sea a confié à Pierre Malma et Tom Geleb, du collectif L'Ombre des Nuages, l'accompagnement artistique d'une semaine de seatrekking et de création collective. Pierre revient sur cette expérience d'engagement social par l'art, et sur ce qu'elle a changé pour lui.


Tout le monde peut être artiste


Pour Pierre Malma, la question de départ était simple : que se passe-t-il quand on crée avec des personnes qui ne se considèrent pas comme artistes ? Sa réponse, elle, est sans détour : « Il n'y a pas de prétention et de certitude. Elles ne maîtrisent pas forcément nos outils artistiques, donc elles s'expriment autrement, par la parole, le geste. En fait, elles sont des artistes, mais elles n'ont tout simplement pas les mêmes outils que nous. »


Une conviction que Pierre avait déjà éprouvée ailleurs, notamment lors d'ateliers menés sur l'île de Mayotte autour d'une bande dessinée. Sur le terrain, ce sens de l'écoute a surtout servi à faire de la place aux plus réservés : ceux qui, selon lui, ont « plein d'idées hyper intéressantes à exprimer », mais qui n'osent pas se lancer les premiers.


Un rapport à la mer transmis, presque malgré lui


Brestois d'origine, Pierre a grandi au bord de l'eau. Mais son engagement à Marseille lui a fait remonter une histoire plus ancienne, celle de son grand-père, qui a longtemps navigué et travaillé plusieurs années au Frioul.


« Je pense que j'étais en même temps sur les traces de mon grand-père. […] La mer, pour moi, c'est quelque chose qui a été transmis. C'est tellement imprégné dans mon inconscient que j'en fais des rêves : la nuit, je rêve que je suis sur des îles. »


Un attachement si profond que ses dix années passées à Paris, loin de la mer, lui ont manifestement pesé. Pour lui, l'art est ainsi devenu un moyen naturel de parler d'environnement marin et d'engagement social. Il avance d’ailleurs sans grandiloquence : « On fait nos petits trucs à petite échelle, et voilà. […] Je pense que ce sont les petites solutions qui fonctionnent. On bricole, on essaie d'avancer ensemble. »


Les mots, la vraie surprise du projet


Ce que Pierre n'avait pas anticipé, ce sont les mots, ceux que les participants ont glissés dans l'œuvre collective, dans leurs propres langues.


« On ne s'attendait pas du tout à intégrer des mots dans l'œuvre. […] C'est ce qui a porté le projet dans une autre dimension. Ça faisait penser à un carnet de voyage. »

Un carnet de voyage à Marseille. Pour Pierre, c'est aussi l'identité de la ville, entre France et ailleurs, qui a nourri cette dimension. Le moment le plus marquant de la semaine reste pour lui un échange avec une participante, qui leur a raconté les dauphins guidant les embarcations pendant sa traversée vers la France. « Ils symbolisent une forme d'espoir. Je pense que c'est ce moment-là, à Tom et moi, qui nous reste. »


Une fresque née par touches successives


Concrètement, l'œuvre s'est construite en étapes : d'abord des bulles bleues et beiges pour évoquer l'univers marin et casser la froideur des couloirs du foyer, puis des dessins superposés : végétaux, formes marines, gestes de chacun, le tout à des échelles très différentes.

« Ça crée un rythme assez fort qu'on n'avait pas du tout anticipé. »


Le rôle de Pierre et Tom : accompagner par le geste, aider chacun à synthétiser ses idées en formes simples et lisibles, sans jamais se substituer à l'intention initiale des participants. Un travail de guide plus que d'auteur, qui a permis, selon Pierre, une progression nette au fil des trois jours, de la peur de mal faire à une aisance grandissante, jusqu'à l'émotion collective face au résultat final.


« Elles se sont dites : “waouh, c'est dingue ce qu'on a pu faire ensemble.” Je pense qu'elles ne s'attendaient pas du tout à ça. Et même nous, on a été assez surpris. »


Sport, art et social : des mondes qui se rencontrent


Pour résumer ces trois jours, Pierre refuse la formule toute faite et préfère embrasser la complexité de l'expérience : « C'était un moment de partage extraordinaire. On mêlait à la fois le sport, la découverte aquatique, cette rencontre, cette discussion, et la réalisation d'une fresque liée à tout ça. […] Notre époque décloisonne totalement ces domaines, et ça crée des choses inattendues. »


Une manière aussi, pour l'artiste, de mettre en valeur des parcours de vie trop souvent invisibilisés : « ça descend notre travail vers l'autre. […] Ça devient un engagement social. » Sur les murs du Frioul comme dans le regard de ceux qui les ont peints, quelque chose s'est déplacé ; et Pierre, lui, admet encore avoir du mal à atterrir.

 
 
 
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