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« Le plus beau jour de sa vie » : Tom Geleb raconte l'art participatif au service du lien social

  • il y a 12 minutes
  • 3 min de lecture

Rencontre avec le second artiste et co-fondateur du collectif L'Ombre des Nuages, sur le programme Un Océan de Bonheur pour Tous à Marseille.


Une résidente qui confie avoir vécu le plus beau jour de sa vie, une œuvre collective qui prend forme mot après mot, dessin après dessin : pour Tom Geleb, du collectif L'Ombre des Nuages, cette semaine avec Watch The Sea restera comme une rencontre essentielle. Dans le cadre du programme Un Océan de Bonheur pour Tous, l'artiste est revenu, aux côtés de Pierre Malma, sur ce que l'art participatif change, pour les participants comme pour lui-même.



Moins de codes, plus de spontanéité


Pour Tom Geleb, créer avec des personnes qui ne se considèrent pas comme artistes bouleverse d'abord la manière même d'aborder la création.

« Il y a moins de code, il y a moins d'auto-censure parfois aussi. Il y a une forme de spontanéité qui est très précieuse. Ça oblige aussi à écouter autrement, à construire un espace où chacun ose proposer quelque chose. »

Avec Pierre Malma, l'approche n'a jamais été de partir d'un projet figé. Les deux artistes ont préféré construire l'œuvre au fil des échanges, en s'appuyant sur ce que chaque participant pouvait apporter naturellement : une idée, une énergie, un mot dans sa langue, un souvenir lié à la mer.

« Le but, ce n'était pas que tout le monde fasse pareil, mais que chaque présence ait une importance dans l'ensemble. »


« Le plus beau jour de sa vie »


Le moment que Tom retient par-dessus tout s'est joué avec Sophie, une résidente du foyer, à qui Pierre et lui ont simplement demandé comment s'était passée sa journée.

« Elle nous a dit que c'était le plus beau jour de sa vie. On ne s'attendait pas à un retour aussi positif. Ça nous a vraiment beaucoup touchés, beaucoup émus. »

Un autre souvenir marquant, plus discret mais tout aussi révélateur pour Tom : des participants qui pensaient n'avoir rien à apporter au projet artistique, et qui ont fini par proposer des idées fortes. « Cette phrase toute simple résume beaucoup de choses sur ce qu'on a vécu ensemble », glisse-t-il.


Un rapport à la mer entre puissance et fragilité


Tom a grandi entouré par la mer, en Bretagne comme à Tahiti : un environnement marin qui infuse directement son travail artistique.

« La mer, pour moi, c'est un espace de calme, mais aussi quelque chose de très puissant. Elle nous rappelle qu'on fait partie d'un équilibre hyper fragile. »

Dans sa pratique, motifs et éléments graphiques inspirés de l'océan et du vivant nourrissent une réflexion plus large sur la mémoire. Une manière, aussi, d'expliquer pourquoi l'art lui semble un vecteur particulièrement juste pour parler de protection de l'environnement marin : « l'art passe par l'émotion, par l'expérience sensible, et on retient souvent plus ce qu'on ressent que ce qu'on nous explique. »


Une confiance qui se construit, en mer comme dans l'atelier


Tom a observé une évolution nette chez les participants entre le début et la fin du séjour : dans leur manière de s'exprimer, mais aussi dans leur rapport à l'eau elle-même.

« Au début, il y a parfois un peu de retenue, et puis les échanges deviennent petit à petit plus libres. On sentait davantage de confiance entre elles mais également dans leur rapport à la mer. »

Il se souvient en particulier d'une participante très craintive à l'idée d'entrer dans l'eau, devenue par la suite la dernière à vouloir en sortir, un basculement que Tom nous raconte avec un sourire dans la voix.


Une œuvre vivante, faite de fragments de chacun


Pour décrire l'œuvre collective née de cette semaine, Tom choisit un mot : vivante.

« Elle est collective, elle est faite de fragments de chacun : des mots dans plusieurs langues, des idées, des choses qui viennent de la plage, de ce qu'on a vécu ensemble. Cette œuvre mélange des sensibilités différentes et raconte une même envie, celle de créer du lien autour de l'océan. »

Un engagement social qui nourrit aussi, en retour, sa pratique d'artiste : « ce sont des rencontres essentielles pour moi. Elles me rappellent pourquoi je crée, elles me font sortir du cadre habituel. Ça remet du réel et de l'humain dans le processus artistique, et ça, c'est essentiel. »

Une conviction qu'il résume en une phrase, pour clore cette semaine passée entre mer, art et lien social à Marseille : « une œuvre peut prendre une toute autre dimension quand elle devient un espace de rencontre et de partage. »

 
 
 

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